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Bâtard d`Orléans

 

1402-1408:

Le duc d'Orléans, Louis, frère de du roi Charles VI, avait épousé Valentine Visconti et en avait eu plusieurs enfants: notamment Charles, Philippe et Jean. Valentine fut rapidement "éxilée", car le bien qu'elle faisait au roi devenu fou avait suscité bien des jalousies, de la part d'Isabeau de Bavière, la reine, et du reste de la cour. En effet, le roi ne se calmait qu'en sa présence. L'éloignement de son épouse, et aussi l'attrait qu'il excerçait sur les femmes, firent que Louis d'Orléans se permit quelques aventures: c'est ainsi qu'il rencontra Mariette d'Enghien.
Le fruit de cet "amour" est le héros de cette histoire: Jean naquit le 23 novembre 1402. Dès 1403, il fut enlevé à sa mère, comme de coutûme, et fut confié à Jeanne du Mesnil, qui était aussi la gouvernante de Charles de Ponthieu (futur Charles VII, né le 22 février 1403), fils du roi Charles VI. Dorénavant, les deux garçons auront leur destin lié, et ils deviendront amis. En 1405, on présenta le petit Jean à Valentine Visconti, qui l'adopta aussitôt. Il sera élevé avec ses demi-frères et soeurs pendant quelques années.   
Cependant, l'histoire faisait son chemin. Au sein du Conseil, Louis d'Orléans essayait de minimiser l'influence de son bon oncle Philippe, duc de Bourgogne, et de maintenir l'équilibre entre eux. Comme Orléans était prodigue, Bourgogne s'érigeait en défenseur et en protecteur du peuple, dénonçait le gaspillage, et proposait, un peu facilement, la suppression des taxes, ce qui avait le don de plaire au peuple. A la mort de Philippe de Bourgogne (27 avril 1404), son fils Jean continua la politique paternelle. Il vint à Paris, fortement escorté de 5000 lances, et fut fort bien acceuilli par les habitants de la capitale. Cèdant à la panique, Orléans et la reine Isabeau avaient quitté précipitemment la ville pour se réfugier à Melun où le dauphin Louis devait les y rejoindre. Or, celui-ci fut "intercepté" par les bourguignons, et ramené à Paris, où l'on parla "d'enlèvement manqué"; peu à peu, le duc d'Orléans perdait les appuis nécessaires pour contrer le duc de Bourgogne, et l'opinion parisienne, qui était bien travaillée, devenait parfaitement bourguignonne, ce qui n'arrangeait pas ses affaires.
Néanmoins, les deux partis ne voulant créer l'irréparable, les ducs acceptèrent la médiation du roi, et se reconcilièrent, le 16 octobre 1405, mais du bout des lèvres. Pendant longtemps, cette situation perdura, en passant par les provocations, puis les accalmies (qui correspondaient, en général, aux moments de lucidité du roi). Le 20 novembre 1407, ce fut la dernière accalmie: les deux ducs se réconcilièrent encore, par l'entremise du duc de Berry. Mais Orléans restait le seul obstacle à la politique de Bourgogne. Alors arriva l'irréparable: Louis d'Orléans fut assassiné le 23 novembre (trois jours après la réconciliation !) par les coupe-jarrets du duc de Bourgogne, commandés par Raoul d'Auquetonville.
Le 26, Jean quitta précipitemment Paris pour gagner ses Etats. De là, il fit lire un plaidoyer qui tentait de justifier le meurtre commis à Paris, qui fut présenté comme une nécessité publique; et il faut bien dire qu'à Paris, beaucoup pensaient que Bourgogne avait fait une bonne action.
Le 21 décembre, Valentine Visconti demanda réparations et justice, en son nom et celui de ses enfants. Cela n'empêcha pas le duc de Bourgogne de revenir à Paris (28 février 1408), où il fut fortement acclamé; mais il fut obligé de repartir, le 05 juillet, pour aller mater les Liégeois révoltés, qui furent écrasés à la bataille d'Othée, où le duc mérita son surnom de "sans peur". Pendant son absence, tout le monde revint à Paris, et Valentine réclama encore une fois justice et réparations (11 septembre).
Comme on signalait le retour du vainqueur, la cour quitta Paris pour Tours (04 novembre). A Blois, Valentine, épuisée par le malheur, et aussi démoralisée car Bourgogne était tout-puissant, se préparait à mourir. Elle parla longuement à ses enfants, notamment à Charles, le nouveau duc d'Orléans, lui faisant promettre de veiller sur le petit bâtard. Un instant avant d'expirer (04 décembre 1408), elle dit, suivant Jean Jouvenel des Ursins "qu'il n'y avait à peine des enfants du duc, qui fut si bien taillé à venger sa mort, qu'estoit celui-ci". Elle désignait le bâtard Jean.

1408-1415:

Fin 1408, les orphelins d'Orléans allèrent à Tours; à cette occasion, le Bâtard retrouva Jeanne du Mesnil.
Le duc de Bourgogne, de retour à Paris en novembre 1408, s'empressa de traiter avec Tours. Par l'entremise de Guillaume, comte de Hainaut, tout le monde jura la paix à Chartres (09 mars 1409); puis on se sépara, apparemment réconcilié. Le Bâtard restait avec Charles de Ponthieu à Paris.
Jean sans Peur était le maître à Paris: il traita avec la reine en novembre, et se fit confier la garde du dauphin Louis le 27 décembre.
Charles d'Orléans venait de perdre son épouse Isabelle (septembre 1409); or, Bernard d'Armagnac, qui était le "mentor" d'Orléans, fit en sorte que celui-ci épouse sa fille Bonne (le mariage se fera en août 1410); en attendant, Armagnac était en passe de devenir le chef du parti d'Orléans. Cela se concrétisa le 15 avril, à Gien: Armagnac donc, avec les ducs d'Orléans, de Berry, de Bourbon, d'Alençon, le comte de Clermont, et le connétable d'Albret, s'allièrent et formèrent la Ligue de Gien, contre les bourguignons. Néanmoins, la Ligue accepta la médiation du roi, et signa avec les bourguignons, une "paix fourrée" à Bicêtre, le 02 novembre; comme d'habitude, cette paix ne résolvait rien ...
Entre les Armagnacs, qui tenaient le sud de Paris (St-Cloud et St-Denis), et les parisiens pro-bourguignons (avec en tête les bouchers de Simon Caboche) qui attendaient leur heure, la cour se mit à avoir peur. La reine, ses enfants et le Bâtard, préférèrent quitter la capitale, laissant seuls le roi et le dauphin (juin 1411).
De Jargeau, le 14 juillet, Orléans réclama encore justice au roi, et le 18, envoya une lettre de défi à Jean de Bourgogne :"[...] te faisons savoir que de ceste heure en avant nous te nuirons de toute nostre puissance, et par toutes les manières que nous pourrons [...] ". En septembre, on était pas loin de la bataille entre les deux armées, et les bourguignons ne purent que déloger les armagnacs de St-Cloud et de St-Denis.
Au printemps 1412, les armagnacs traitèrent avec les anglais (traité d'Eltham): ceux-ci devaient fournir un contingent de 4000 hommes. Aussitôt qu'il apprit la nouvelle, le roi envoya une armée sur Bourges, où se trouvaient quelques uns des chefs de la Ligue); après un siège qui fit 8000 morts, les partis s'arrangèrent: chacun renonçait à l'alliance anglaise (paix d'Auxerre, 22 août). Or, le "secours" anglais avait débarqué, conformément au traité d'Eltham, avait dévasté le Cotentin, et menaçait le Maine et l'Anjou. Le duc d'Orléans fut obligé d'acheter leur départ (traité de Buzançais, 14 novembre) 150000 écus, plus quelques otages (dont faisait partie Jean d'Angoulème, son propre frère, qui resta prisonnier en Angleterre jusqu'en 1445).
L'erreur des armagnacs était grossière: l'anglais avait pu voir le désordre et l'agitation régner sur la France, ce qui allait leur être bénéfique.
1413. A Paris, le tout-puissant Jean de Bourgogne et ses gens travaillaient l'opinion, faisaient courir des bruits; les parisiens, qui espéraient des réformes, s'échauffaient. Les armagnacs passaient pour responsables de tous leurs maux. Alors tous les modérés étaient écartés d'une manière ou d'une autre; même le dauphin, qui était pour la réconciliation des princes, se trouvait être la cible des ultras-bourguignons. Or, la situation que Jean sans Peur avait contribué à créer lui échappa. Comme les réformes ne se faisaient pas, les Cabochiens (nommés ainsi car leur chef s'appelait Simon Caboche) s'armèrent, menaçèrent l'hôtel de Guyenne (28 avril), où étaient, notamment, le dauphin et le Bâtard, et plus tard l'hôtel du roi (22 mai). A chaque fois, on présenta des listes de "traîtres", ce qui entraîna beaucoup d'arrestations (le duc de Bar, le frère de la reine, le chancelier ...). Ils en profitèrent pour éxécuter les plus compromis, et le 25 mai, apportèrent un texte, "l'Ordonnance Cabochienne", qui prétendait tout régler, en mettant la justice, les finances et l'élection aux charges civiles, entre les mains des représentants du peuple. Cette ordonnance était inapplicable, et restera d'ailleurs inappliquée ...
Après deux ou trois mois de terreur, la "révolution cabochienne" s'essoufflait; les parisiens, finalement, aspiraient à la paix, et étaient bien las du règne des cabochiens. Après une entente entre les ducs, à Pontoise, la paix fut publiée à Paris le 08 août. Plus ou moins abandonné par les parisiens, Jean sans Peur préféra s'enfuir à Lille. En septembre, les armagnacs étaient de retour à Paris, chatièrent les plus coupables, et révoquèrent l'ordonnance cabochienne.
En janvier 1414, au prix de quelques concessions, le roi de France obtint la prorogation des trêves avec l'Angleterre, dont le nouveau roi, Henri V, nourrissait les mêmes espoirs de conquête que son illustre ancêtre Edouard III.
Toujours en janvier, le duc de Bourgogne osa revenir menaçer Paris avec une armée assez forte; mais il dut repartir, car rien ne bougeait en sa faveur dans la capitale. Au printemps, le roi monta une expédition contre les villes bourguignonnes, pour punir celui qui avait oser menaçer sa capitale (malgré son jeune âge, le Bâtard faisait partie de l'expédition). On prit Soissons, et on assiégea Arras, alors que, de son côté, Jean sans Peur traitait avec l'anglais. Mais une rechute de Charles VI sauva le duc de Bourgogne, et amena les partis à traiter, le 04 septembre, à Arras, dont le siège fut levé. Et chacun rentra chez soi ...
En février et juillet 1415, français et anglais essayèrent de négocier une paix durable; mais les éxigences d'Henri V étaient inacceptables: il réclamait la main de Catherine de France, le versement de l'arriéré de la rançon du roi Jean, la cession de la Normandie, de l'Anjou, du Maine, de la Touraine, de la Bretagne, des Flandres et de la Guyenne, tout cela en pleine souveraineté. Devant le refus des envoyés français, Henri V rompit avec la France, et adressa des lettres de défi à Charles VI. Autrement dit, la guerre était de retour, dans un pays divisé.

1415-1418:

Pris au dépourvu, on mobilisa hâtivement, sans pouvoir compter sur les ducs de Bourgogne et de Bretagne: le premier parce qu'on ne voulait pas de lui, le second parce qu'il s'était déclaré neutre. Henri V débarqua le 14 août, prit Harfleur après un long siège, et renonça à son plan de campagne, en raison de l'approche de l'hiver, et de la dysenterie qui décimait son armée. L'armée française, commandée par le médiocre connétable d'Albret le poursuivit, et finalement le rattrapa non loin du bourg d'Azincourt; là fut livrée la fameuse bataille où les français étaient "assez pour être tués, assez pour fuir, assez pour être pris". Et c'est ce qu'il se passa, malgré quelques actes de bravoures ...
La chevalerie payait (encore) un lourd tribut: les ducs de Brabant, de Nevers (tous deux frères de Jean de Bourgogne), d'Alençon, de Bar, etc, pas mal de comtes, le connétable, et même un archevêque périrent en cette journée. Parmi les prisonniers, on retrouvait les comtes de Richemont (futur connétable), de Vendôme, d'Harcourt, etc, et surtout le duc d'Orléans.
En l'absence de Charles d'Orléans et de Jean d'Angoulème, tous deux en otageries, ce fut Philippe de Vertus qui géra le duché familial. Il quitta Paris, avec son demi-frère le Bâtard, pour aller à Blois.
Le 18 décembre, le dauphin Louis mourut; son remplaçant était son frère cadet Jean de Touraine.
En 1416, un complot faillit livrer Paris aux bourguignons; le connétable d'Armagnac (remplaçant d'Albret) fit éxécuter les coupables, et Tanguy du Chastel, prévôt de la ville, parvint non sans peine à rétablir l'ordre.
Charles de Ponthieu fut nommé capitaine de la ville de paris, et put, le 03 septembre, assister au conseil. Tout changea pour lui lorsque son frère Jean de Touraine expira (05 avril 1417); il devenait l'héritier de la couronne de France. Il avait pour s'initier aux Affaires, sa future belle-mère Yolande d'Aragon, femme de Louis II d'Anjou.
Le Bâtard avait maintenant quinze ans. Comme la lutte contre les bourguignons et les anglais était toujours d'actualité, il entra dans une compagnie régulière, commandée par Tanguy du Chastel.
En attendant, Henri V débarqua à Trouville, le 17 août 1417, pour entreprendre la conquête de la Normandie, accompagné de 10000 soldats. Caen tomba en septembre. Dans le même temps, Bourgogne attaquait avec 30000 hommes, et fut repoussé à Montrouge (où le Bâtard fit ses premières armes) et à Corbeil. Il fut obligé de se rabattre vers Chartres. De là, d'accord avec Isabeau de Bavière, il créait un deuxième pouvoir, que beaucoup de français choisirent.
En novembre, le Bâtard participa à quelques engagements autour de Paris, pour contrer les actions anglaises ou bourguignonnes. Quant à l'opinion, elle s'inclinait de nouveau vers Jean sans Peur, qui promettait encore et toujours la suppression des taxes. Celui-ci transporta le "nouveau gouvernement" à Troyes, le 23 novembre, et ses troupes sillonnèrent le pays, en commettant "meurtres et tyrannies merveilleuses".
Début 1418, les partis parvinrent à s'accorder. Encore une paix fourrée. Bernard d'Armagnac était contre cette "paix", lui qui préférait terroriser les parisiens qui, par conséquence, tournèrent encore un peu plus bourguignons. Les ultras se réveillèrent, et permirent l'entrée dans Paris de quelques centaines de bourguignons, qui étaient sous les ordres du seigneur de Villiers de l'Isle-Adam (nuit du 28 au 29 mai). A cette occasion, le Bâtard, qui était chargé de garder la porte Saint-Germain-des-Prés, fut pris et envoyé en prison à Saint-Germain, où il restera enfermé pendant deux ans. Philippe de Vertus et le dauphin parvinrent à s'échapper vers Melun, grâce au brave Tanguy du Chastel.
Bien entendu, s'ensuivit une répression. On dénombra plus de 2000 assassinats; le connétable d'Armagnac figurait parmis les victimes. On tuait sans différence l'armagnac, le modéré, le bourgeois un peu trop riche, ou tout simplement on réglait les comptes personnels.
De Bourges, le dauphin adjurait les villes et la noblesse à s'unir sous son nom. Beaucoup prirent le chemin de la capitale du Berry. Mais les parisiens restaient sourds à ces appels; ils attendaient le retour de Jean sans Peur. Celui-ci entra dans la ville le 14 juillet, avec la reine. Paris pensait que l'ordre et la sécurité allaient revenir avec le duc. Jean de Bourgogne avait fort à faire avec les "révolutionnaires" de juin; de plus, une épidémie sévissait cet été là.
Les révolutionnaires s'ameutèrent de nouveau le 21 août, sous les ordres cette fois du bourreau Capeluche, et s'en allèrent (gaiement) tuer les "ennemis du peuple", ces armagnacs qui paraissaient être partout. Dépassé, Bourgogne laissait faire et attendait son heure. Elle vint le 25, jour où les bourgeois s'armèrent, et arrêtèrent Capeluche et ses complices. Capeluche fut promptement éxécuté; il prodigua même quelques conseils à son bourreau !

1418-1422:

Cependant, les anglais progressaient; ils avaient pris Cherbourg et Caudebec, et assiégeaient Rouen depuis juillet, en l'affamant patiemment. Entre-temps, après une "conférence de paix" entre armagnacs et bourguignons, on signa un accord, soumis à l'arbitrage du duc de Bretagne (traité de Saint-Maur, 16 septembre).
En octobre, après s'être entouré d'un solide gouvernement, le dauphin s'intitula régent de France. En décembre, il prit Tours, dont la garnison était bourguignonne; mais il ne put rien tenter pour sauver Rouen, qui finit par tomber aux mains d'Henri V, le 20 janvier 1419, ce qui signifiait la perte de la Normandie. N'osant s'attaquer ensuite à Paris, le roi d'Angleterre préféra signer une trève avec Charles VI, le 07 avril. En mai, Jean sans Peur et la reine se retrouvèrent à Melun, où ils voulaient négocier avec l'anglais; les envoyés du dauphin parvinrent à amener le duc de Bourgogne à reprendre les pourparlers de réconciliation. Pourparlers qui aboutirent au traité de Pouilly (19 juillet), où était proclamée l'amnistie générale; il fut convenu qu'on se retrouverait à Montereau pour faire la paix définitivement.
Donc, le 10 septembre, le dauphin et Bourgogne se retrouvèrent à Montereau, chacun escorté de dix gentilhommes, au beau milieu du pont de la ville. Ils parlèrent, et le ton monta assez vite. On porta la main à l'épée, et l'affaire dérapa. Le dauphin fut rapidement écarté par du Chastel ou Louvet, et le duc de Bourgogne se retrouva être la cible des coups de l'escorte dauphinoise. Le duc s'écroula, le crâne fendu d'un coup de hache. Son escorte se rendit (sauf le sire de Navailles qui fut tué).
De Montereau, le dauphin abasourdi et désemparé, expliqua promptement l'évènement en envoyant manifestes et lettres, essayant de montrer (vainement) que la mort de Jean sans Peur n'était pas préméditée. Malgré ces déclarations, le fils du défunt, Philippe, choisit l'alliance anglaise, pour venger le meurtre de Montereau. Le 25 décembre, anglais et bourguignons signèrent le traité d'Arras, où Philippe s'engageait à aider Henri V à s'emparer de la couronne de France.
Le criminel qu'était devenu le dauphin Charles entreprit un voyage vers le Languedoc, afin de renforcer les liens avec les partisans qu'il avait là-bas. Pendant ce temps, la reine Isabeau, Charles VI, Henri V d'Angleterre, et Philippe de Bourgogne signèrent le néfaste traité de Troyes (21 mai 1420). Le roi d'Angleterre devenait l'héritier de Charles VI: "[...] est accordé que tantôt après nostre trépas, la couronne et royaume de France demeureront et seront perpétuellement à nostre fils le roy Henry, et à ses hoirs [...]"; le dauphin était désormais l'homme à abattre :" Considéré les horribles et énormes crimes et délits perpétrés au dit royaume, de Charles, soi-disant dauphin de Viennois, il est accordé que nous, nostre dit fils le roi, et aussi nostre très cher fils Philippe, duc de Bourgogne, ne traiterons aucunement de paix ni de concorde avecque ledit Charles [...]".
Continuant sur leur lancée, les anglo-bourguignons occupèrent Sens et Montereau, puis entreprirent le siège de Melun. En août, le dauphin réunit une armée destinée à délivrer la ville de ses assiégeants. Dans le même temps, le Bâtard fut libéré da sa prison de Saint-Germain et s'en alla retrouver son demi-frère de Vertus. Or, celui-ci était atteint de la peste qui sévissait alors. Sa mort (01 septembre) compromit la campagne entreprise pour la libération de Melun.
Jean devint alors le seul représentant de la Maison d'Orléans à pouvoir défendre les possessions du duc prisonnier en Angleterre. Le 17 novembre, Melun se rendit aux anglais; son défenseur, Barbazan, resta en leurs mains.
En décembre, Henri V s'installa avec des troupes à Paris. Il se montra froid et indifférent au sort des parisiens, qui devront attendre seize années avant d'être délivrés de l'occupant anglais.
En janvier 1421, le conseil royal et le Parlement de Paris déclarèrent le dauphin banni du royaume, et déshérité de la Couronne, car il ne s'était pas présenté à une citation à comparaître. Cependant, il faisait des préparatifs pour la guerre. Jean se mit à la disposition du maréchal de La Fayette, qui devait joindre ses forces à celles des Ecossais de Buchan et Stuart de Darnley. Elles furent réunies le 20 mars, et prirent la direction de la région d'Angers.
Deux jours plus tard, les franco-écossais se heurtèrent aux anglais de Clarence (frère d'Henri V), près de Beaugé; en trois heures, les anglais furent écrasés et Clarence tué. Ce fut pour le Bâtard sa première bataille rangée. A Tours, le 01 avril, on fêta comme il se doit les héros de Beaugé: Buchan fut fait connétable et le Bâtard fut armé chevalier, alors qu'il n'avait pas atteint l'âge requis (21 ans). Il pouvait désormais commander des compagnies, et arborer sur sa cotte d'arme le balson familial "d'azur à trois fleurs de lis d'or, au lambel d'argent", sur lequel on rajouta, comme de coutume, "un bâton en barre brochant", pour signifier sa bâtardise.
En mai, Buchan, Jean, La Hire et Xaintrailles prirent Alençon, alors qu'une expédition du dauphin montée pour reprendre Paris échoua. En proie au doute, celui-ci décida, en août, de pratiquer une guerre d'escarmouches et d'usure, ce qui lui semblait plus favorable.
En décembre, Jean reçut du dauphin des terres sises en Dauphiné, en récompenses de ses services. Durant l'hiver 1421-1422, aucune opération ne put être tentée, faute de moyens et de forces; le dauphin avait toutes les difficultés pour remplir les caisses du Trésor, il dut engager des terres de la couronnes pour faire finance.
En juin 1422, Jean épousa la fille de l'ambitieux ministre Jean Louvet; il reçut encore des terres dauphinoises en cadeau de mariage.
Durant l'été, l'effort de guerre fut porté contre la Bourgogne: Cosne, La Charité-sur-Loire et Nevers furent menacées; mais Philippe de Bourgogne put compter sur des renforts de son allié anglais.
Sur ces entrefaites, on apprit que Henri V était mort (31 août), après avoir fait son testament politique: ses frères Jean, duc de Bedford, et Humphrey, duc de Gloucester, seront régent de France pour le premier, et régent d'Angleterre pour le second, au nom du petit Henri VI.
Lorsque le dauphin apprit que le duc de Bretagne avait reconnu le traité de troyes, et qu'il projetait de livrer la fidèle La Rochelle aux anglais, il se rendit lui-même dans la ville, et en renforça la garnison. A son retour, il apprit la mort de son père Charles VI (21 octobre). Il se proclama aussitôt roi de France.

1422-1427:

Cependant, les combats continuaient un peu partout: en Vendômois, en Champagne, dans le Maine, en Angoumois, avec des fortunes diverses. Les français n'avaient aucun plan d'ensemble, aucune discipline, pas de chef pouvant s'imposer aux autres ...
Par contre, anglais et bourguignons, auxquels se joignirent le duc de Bretagne et le comte de Foix, renforcèrent leur alliance, le 13 avril 1423; ils concluèrent par les doubles fiancailles de Bedford/Anne de Bourgogne et de Richemont/Marguerite de Bourgogne.
Au printemps, une nouvelle armée fut formée pour s'en aller combattre les anglo-bourguignons en Champagne. Les 15000 français, parmis lesquels se trouvait le Bâtard, étaient commandés par l'écossais Stuart de Darnley. Cette belle armée prit Cravant le 28 juin, puis se retrouva face à ses ennemis et commit l'imprudence de se ruer en avant, au lieu de les attendre. Les français eurent 5000 tués, et beaucoup d'autres furent pris (30 juillet). Ce désatre interrompit net l'offensive royale.
En été revenait le temps des escarmouches. Les français se reprirent en battant les bourguignons à La Bussière (27 août), et les anglais à La Gravelle (26 septembre), où Suffolk fut fait prisonnier.
Le pays avait tout de même besoin de souffler; toutes ces expéditions, ces batailles, offensives et contre-offensives, ne servaient qu'à le saigner davantage. Aussi Charles VII prit la décision de réunir les Etats provinciaux à Selles. Les séances s'ouvrirent le 12 mars 1424, sous la présidence du monarque, en présence de Yolande d'Aragon, du duc d'Alençon, de Charles de Bourbon, du comte d'Aumale, et du Bâtard Jean; après un exposé de la situation et de l'état du royaume, les députés des Etats votèrent une aide d'un million d'écus, et on décida de tout faire pour tenter un rapprochement avec la Bretagne et la Bourgogne.
La diplomatie fonctionna à merveille: Yolande d'Aragon parvint assez aisement à un accord avec les représentants du duc de Bretagne (accords de Nantes, 18 mai), et le duc de Bourgogne accepta de reprendre les pourparlers.
Les actions militaires connurent, elles, des ratées: à Verneuil (17 août), après une erreur stratégique, les 20000 royaux furent pris à revers par les 15000 anglais de Bedford. En deux heures à peine, 7000 français étaient tués (les anglais en avaient 1600), et le duc d'Alençon, le maréchal de La Fayette demeurèrent aux mains des anglais. Encore de bons capitaines dont Charles VII ne pouvait se passer. Le Bâtard et du Chastel purent retraiter avec quelques milliers d'hommes.
Cette terrible défaite, plus déplorable que celle d'Azincourt, n'empêcha pas la diplomatie de continuer. Philippe de Bourgogne accepta, grâce à la médiation du duc de Savoie, de signer une trève de sept mois (Chambéry, 28 septembre), et reconnut même la qualité royale de Charles VII. Pour parfaire les acoords de Nantes du 18 mai avec les Bretons, on leur remit les places fortes de Lusignan, Loches, Mehun et Chinon, on promit l'épée de connétable au comte de Richemont; le Bâtard et Guillaume d'Albret furent otages pour garantir la bonne foi des français. Ils furent libérés un mois plus tard.
Le 07 décembre, le roi donnait le comté de Gien à Jean d'Orléans, pour le remercier des services qu'il a rendu et pour "aider et secourir à lui et aux siens ". Jean avait en effet quelques difficultés financières, ses différentes terres lui rapportant bien peu.
L'année 1425 commença bien pour Charles VII: il détacha le comte de Foix de l'alliance anglaise en le nommant lieutenant-général en Languedoc et en Guyenne. Puis il put prolonger les trèves avec la Bourgogne jusqu'au Noël suivant; enfin le 07 mars, Arthur de Richemont reçut l'épée de connétable.
Le Bâtard reprit du service quand le roi lui confia la capitainerie du Mont-Saint-Michel (où il fut rapidement apprécié). Il en revint pour assister à une "épuration" au sein de l'entourage du roi: Louvet fut éxilé en Provence, Tanguy du Chastel fut nommé capitaine de Beaucaire; d'autres comme Guillaume d'Avaugour, Guillaume Bataille, Pierre Frotier furent eux aussi écartés, avec néanmoins de substantielles pensions en guise de cadeaux de départ ! Tous ces "favoris" gênaient en effet la diplomatie et les vues de Yolande d'Aragon, qui savait que le duc de Bourgogne " n'entendrait à aucun traité sinon que préalablement le roi mit hors d'avec lui, ceux qui avaient été consentants de la mort du feu duc de Bourgogne son père". Seul le sire de Giac, ancien familier de Philippe de Bourgogne, parvint à se maintenir auprès de Charles VII.
Jean d'Orléans dut suivre son beau-père Louvet en Provence, où il partagea sa disgrâce; il y resta plus d'un an.
Pendant ce temps, l'anglais faisait la conquête du Maine; Charles VII et Richemont ne firent rien, ou ne purent rien, pour sauver Le Mans, qui fut prise le 14 juillet. On préféra s'occuper de la réconciliation franco-bretonne, qui eut lieu le 07 octobre à Saumur, au prix de quelques concessions.
L'alliance franco-bretonne commenca mal: Richemont subit un cuisant revers à Saint-James-de-Beuvron, le 06 mars 1426, alors qu'il essayait d'arrêter quelques bandes anglaises qui saccageaient la région. Le roi, lui, subissait de plus en plus l'influence du sire de Giac, que l'on soupçonnait d'avoir empoisonné sa première femme pour épouser la belle veuve Catherine de l'Isle-Bouchard, et de se servir dans le Trésor Royal pour satisfaire ses envies et ses amitiés.
La cour était à cette époque un nid d'intrigues, de querelles et d'altercations, les uns jalousant les autres, avec le roi au milieu qui manquait de caractère pour faire cesser tout cela.
Quand les anglais attaquèrent de nouveau le Vendômois, le roi et Richemont s'aperçurent qu'il leur manquait des chefs pouvant se faire obéir des soldats qui se faisaient écorcheurs, ou routiers, à la moindre occasion. Cette constatation amena Richemont à rappeler le Bâtard de son éxil. Il quitta donc la Provence, sans sa femme Marie qui était morte de n'avoir pas supporté le climat provencal. Il réapparut à Mehun où il se présenta devant le roi, qui était content de le revoir, puis à Blois où ses amis l'attendaient.
Pour contrer les anglais, qui se faisaient entreprenants et conquérants, on partagea les tâches: Richemont sera responsable de la défense de l'Anjou; le comte de Foix celle de la Touraine, et d'Albret celle de la Guyenne française. Tout cela divisait trop les forces, et le sire de Giac ne se gênait pas pour le dire haut et fort, en imputant les fautes et les erreurs au connétable Richemont. Celui-ci décida qu'il était temps d'en finir, pour le bien du roi et du royaume: il fallait supprimer ce fauteur de trouble. Ce fut Georges de La Tremoille qui, au matin du 08 février 1427, se chargea d'arrêter le sire de Giac. Après un rapide passage devant un tribunal formé la veille, de Giac fut condamné à mort, et finit cousu dans un sac et noyé dans la rivière.

1427-1429:

Les anglais continuaient patiemment la conquête du Vendômois; Vendôme tomba en mai 1427. A la cour, toujours pas de vue d'ensemble; il y régnait un climat d'intrigue, que le trépas du sire de Giac n'avait pas arrêté. Au contraire, La Tremoille prit la place du défunt, et domina assez vite le roi.
En août, le duc de Bretagne, qui faisait très bien la girouette, signa un traité séparé avec l'Angleterre, ce dont profita La Tremoille, qui cherchait à évincer le frère du duc, le connétable de Richemont.
En attendant, les anglais mirent le siège devant Montargis, dont la garnison était commandée par le sire de Villars. Les assiégés envoyaient d'incessants appels à Richemont, afin d'obtenir des secours. Or, celui-ci avait d'autres chats à fouetter: La tremoille ne cessant de le menacer, le connétable forma une coalition contre le favori royal, et confia le secours destiné à Montargis au Bâtard Jean. C'est là son premier véritable commandement; il avait sous ses ordres d'autres bons capitaines: Xaintrailles, La Hire et l'écossais Stuart de Darnley.
Le 05 septembre, les français arrivèrent en vue de Montargis; après avoir reconnu les positions ennemies, on décida de porter l'effort principal sur les anglais de Jean de Le pole, qui gardaient le sud de la ville. L'attaque, menée par La Hire, surprit les assiégeants, d'autant que la garnison assiégée fit une sortie. Ils furent bientôt bousculés, puis prirent la fuite quand Jean attaqua à son tour. Montargis put être ainsi ravitaillée, et les anglais comprirent qu'ils ne pourraient plus assiéger complètement la ville, d'où leur retraite en bon ordre sur Nemours.
En apprenant la nouvelle, Charles VII était aux anges; sa joie continua quand, le 09 septembre, le capitaine Ambroise de Loré battit les 2000 anglais de Falstaff à Ambrières. Mais le roi apprit auusi que Jean VI de Bretagne avait finalement adhéré au traité de Troyes, et que le duc de Bourgogne se rapprochait du duc de Bedford. Tout restait à faire; le pays était de plus en plus menacé.
En fin d'année, le roi récompensa le dévouement des habitants de Montargis en les exemptant d'impôts; le Bâtard reçut quant à lui 400 écus pour ses bons et loyaux services. Quelques mois plus tard, il reçut le comté de Porcien, cadeau de son frère [...] pour le très grand amour que nous a nostre très cher frère le bastard d'Orléans, chevalier, seigneur de Valbonnais, et pour considération des bons et agréables services qu'il nous a fait, et fait chaque jour [...].
Début 1428, des renforts anglais entreprirent le siège de Laval, qui tomba le 13 mars. La prise de cette ville marquait le début d'une série d'offensives que les anglais voulaient décisives. En avril, on consolida les fortifications d'Orléans, dont la garde fut confiée à Raoul de Gaucourt; dans le même temps, une tentative pour reprendre Le Mans échoua.
En juin, arriva ce qu'on pouvait craindre: Salisbury débarquait à Calais avec plus de 10000 hommes, et commencait une longue chevauchée. L'armée se dirigea vers la Beauce, prit Rambouillet, Nogent-le-Roi, Rochefort, Le Puiset, Janville, et filèrent hardiment vers la Loire. En septembre, Meung-sur-Loire fut prise (le 05); puis ce fut le tour de Beaugency, Jargeau et Châteauneuf-sur-Loire.
Le 12 octobre, les goddons commencèrent à investir méthodiquement Orléans.
Donc "le comte de Salebris [Salisbury], qui était bien grand seigneur et le plus renommé en faits d'armes de tous les anglais, croyant prendre par force la cité d'Orléans, laquelle tenant le parti du roi souverain seigneur Charles, septième du nom, la vint assiéger, le mardi douzième jour d'octobre, à tout grand ost et armée [...]".
Les anglais élevèrent peu à peu des bastilles autour de la ville, mais ils ne purent jamais l'encercler complètement. Ce siège fut une affaire d'"escarmouches", chaque camp payant sa part de tués et de blessés; néanmoins, Orléans put être convenablement ravitaillée en vivres et en soldats.
Le 24 octobre, Salisbury "fut atteint d'un canon qu'on disait avoir été tiré d'une tour appelée la Tour Notre Dame [...]. Le coup tiré par ce canon le frappa en la tête tellement qu'il abattit la moitié de la joue et creva un des yeux, ce qui fut un très grand bien pour ce royaume [...]". Il mourut trois jours plus tard.
Le lendemain 25, le Bâtard entra dans Orléans, accompagné de 800 soldats et de quelques vaillants capitaines. Il prit le commandement de la défense de la cité. En décembre, les anglais reçurent des renforts en soldats, venus avec Talbot (qui remplaca Salisbury), Scales et Suffolk.
Quand Orléans apprit que Falstaff amenait aux assiégeants vivres de carême, et un renfort de 3000 soldats, on décida hardiment d'intercepter le convoi; ainsi, le 10 février, le Bâtard sortit d'Orléans avec 400 soldats, alors que de son côté, charles de Bourbon quittait Blois avec 4000 hommes. Les deux corps furent en vue à Rouvray. Le 12, les espies anglais virent bientôt la contenance des français; du coup, "ils s'enroulent et firent un parc de leurs charrois et de peaux en manière de barrière [...] ". L'effet de surprise étant manqué, les français firent donner les bombardes, qui causèrent de gros dégats; puis ils commirent l'imprudence de descendre de cheval, et de marcher sur le cercle de chariots, ou plutôt sur les anglais cachés à l'intérieur. Ceux-ci firent "un carton", comme d'habitude", et la quasi-totalité des 400 soldats du Bâtard furent tués. Charles de Bourbon, lui, resta à l'écart à Rouvray, puis quitta piteusement les llieux pour Orléans: "le comte de Clermont, et toute la grosse bataille, ne firent jamais montre de secourir leurs compagnons [...]. Mais, aussitôt qu'ils aperçurent que les angloys étaient maîtres, ils se mirent en route vers Orléans, ce qu'ils ne firent pas honnêtement mais honteusement". Quant à Jean, il fut blessé au pied dès le premier engagement "d'un trait d'arbalète, et deux de ses archers le tirèrent à grand peine de la presse, le montèrent à cheval et le sauvèrent ainsi". Cette desconfiture ne remettait pas en cause la défense d'Orléans, mais montrait bien l'incapacité des français à s'unir sous un seul chef.
C'est alors que Jean eut l'excellente idée de placer la ville sous la protection du duc de Bourgogne, et ce jusqu'à la libération du duc d'Orléans; il envoya aussitôt, le 18 février, une ambassade, conduite par Poton de Xaintrailles, auprès du duc. Celui-ci fut flatté de la démarche, et s'en alla personnellement à Mantes pour en faire part à Bedford. Le régent de France dit qu'il "serait bien courroucé d'avoir battu les buissons et que les autres eussent pris les oisillons".
Philippe de Bourgogne, blessé par la réponse de Bedford, ordonna à ses troupes présentes à Orléans, de quitter le siège et de remonter vers le nord. Les anglais se retrouvaient seuls face aux Orléanais.
Or, on savait déjà qu'une jeune fille nommée Jeanne d'Arc avait fait un long voyage pour trouver le roi Charles. Lorsque celle-ci, au soir du 09 mars, rencontra le dauphin pour lui faire part de sa mission, se trouvaient dans la salle du Trône de Chinon le sire de Villars et Jamet du Tillay. Ces deux-là revinrent à Orléans quatre jours plus tard, et rapportèrent tout ce qu'ils avaient vu et entendu. Dès lors, tout Orléans, le Bâtard en tête, était convaincu que la jeune fille viendrait les déliver.

1429-1430:

"le vendredi [29 avril], vinrent à Orléans les nouvelles certaines selon lesquelles le roy envoyait par la Sologne vivres, poudres, canons et autres habillemens de guerre sous la conduite de la Pucelle, laquelle venait de par Nostre Seigneur pour ravitailler et réconforter la ville et faire lever le siège, ce dont beaucoup de ceux d'Orléans furent réconfortés".
On avait convenu que l'armée de secours traverserait la Loire à Chézy, à deux lieues d'Orléans. Un fort vent empêchait la traversée; le Bâtard, sur la rive opposée, n'y tint plus. Il grimpa dans une barque, avec deux de ses gens, et alla au devant de la Pucelle; ils échangèrent quelques mots:
"- Etes-vous le bâtard d'Orléans ? "
"- Oui, et je me réjouis de votre arrivée."
"- Est-ce vous qu'avez donné le conseil que je vienne ici, de ce côté du fleuve, et que je n'aille pas tout droit, là où sont Talbot et les anglais ? "
Et le Bâtard de répondre affirmativement.
"- En nom Dieu, le conseil du Seigneur Notre Dieu est plus sage et plus sûr que le vôtre. Vous avez cru me tromper, et c'est vous surtout, qui vous trompez, car je vous apporte meilleur secours qu'il ne vous est venu d'aucun soldat ou d'aucune cité. C'est le secours du Roi des Cieux."
Une heure plus tard, le vent tourna, et on put faire traverser les vivres, 200 soldats et Jeanne. Le reste de l'armée traversera la Loire à Blois et reviendra par l'autre rive.
Dans la soirée, Jeanne entra "dans Orléans et avait à son côté senestre le bastard d'Orléans, armé et monté moult richement [...]. Mais ils [les Orléanais] se sentaient déjà tous réconfortés et comme desassiégés, par la vertu divine qu'on leur avait dit être en cette simple pucelle [...]."
Le 01 mai, le Bâtard, Boussac et Gilles de Rais partirent d'Orléans pour aller chercher le reste de l'armée à Blois. Ils furent de retour le 04; dans l'après-midi, les français attaquèrent la bastille Saint-Loup et "la prirent par force et tuèrent cent quatorze angloys, et ils prirent et amenèrent quarante prisonniers dans leur ville ". Les jours suivant, ce fut le tour de la bastille Sainct Jehan le Blanc, du boulevars des Tournelles (où Jeanne fut blessée), de la bastille des Augustins. Le 08, les anglais plièrent bagages, et prirent la direction de Meung.
C'était un beau succès pour les français, et c'était Jeanne qui l'avait suscité et inspiré.
Le 13, Jeanne et le Bâtard rencontrèrent le roi à Tours. Celui-ci ne cachait pas sa joie; la libération d'Orléans semblait redonner l'espoir à la France. Cependant, il fallait continuer sur la bonne lancée. Jeanne, aidée du Bâtard, put convaincre Charles VII d'entreprendre la campagne du Sacre; le commandement de cette entreprise fut confié à Jean d'Alençon. On décrèta qu'il fallait d'abord "bouter" les anglais de la Loire, et seulement après, on marcherait sur Reims.
Ainsi, l'armée fut devant Jargeau le 12 juin. La place fut prise en quelques heures, grâce à une diversion du Bâtard et au terrible assaut général ordonné par Jeanne. L 15, le pont de Meung fut emporté, et le 17, les français furent devant Beaugency. Là, on vit arriver le connétable de Richemont, venu se joindre à l'armée du sacre avec 1200 hommes. Si le roi ne voulait pas de ses services, Jeanne lui souhaita la bienvenue. On avait besion de toutes les forces vives pour combattre les anglais.
La garnison de Beaugency abandonna la cité dans la nuit, et partit rejoindre les quelques 8000 soldats qu'amenait Talbot. Les deux armées se retrouvèrent face à face à Patay (18 juin). Les anglais, qui attendaient les français de pied ferme deriière le dispositif de défense habituel, ne purent que reculer devant l'impétuosité de l'attaque française. Ce mouvement de recul se transforma en déroute, en fuite, et bien 4000 anglais furent mis hors de combat à l'occasion. Talbot fut pris.
En récompense, Charles d'Orléans envoya des présents à la Pucelle: "une robe de fin bruxelles vermeille et une "huque de vert perdu, que le Bâtard se chargea de lui remettre en personne.
Ensuite, Jeanne dut encore insister pour que le roi parte se faire sacrer à reims. Une armée de 12000 hommes partit donc le 29 juin de Gien, avec à sa tête le roi, et non loin de lui le Bâtard, Jeanne et d'Alençon. On évita Auxerre, ville bourguignonne qui avait refusé d'ouvrir ses portes, et on se trouva devant Troyes. Le 10 juillet, la garnison déposa les armes, redoutant une attaque à la fois de l'extérieur et de l'intérieur. Le 14 juillet, Châlons se donna spontanément au roi, suivant l'exemple de Troyes. Enfin, quelques promesse aux habitants de Reims ouvrirent les portes de la ville, où le roi fit son entrée de 16.
Le lendemain, ce fut la cérémonie du sacre. Jeanne restait seule aux côtés de Charles VII. Tous ceux qui s'étaient montré fidèles et loyaux furent ainsi récompensés en prenant une part active au sacre: le Bâtard représentait son frère en tant que pair laïc, Gilles de Rais fut un de ceux qui amenèrent la Sainte-Ampoule prévue pour l'Onction, et d'Alençon arma le roi Chevalier.
Après cet évènement, Soissons, Château-Thierry, Crécy et Provins se donnèrent au roi. Et on tenta (encore !) un rapprochement avec la Bourgogne; mais la réconciliation n'était pas encore d'actualité. Puis, décision fut prise d'attaquer Paris, dont le gouverneur était Bedford lui-même. Celui-ci avait reçu d'importants renforts, afin de tenir tête aux français.
En attendant, le 18 août, le roi fit son entrée dans Compiègne. Aussitôt, ses ambassadeurs engagèrent des pourparlers (encore) avec leurs homologues bourguignons. Le Bâtard, qui avait été fait chef du corps de réserve de l'armée royale, faisait partie de l'ambassade. On parvint à une trève générale (valable jusqu'en avril 1430).
"Libre" de ce côté-là, le 08 septembre, l'armée se porta contre la capitale, du côté de la Porte-Saint-Honoré. Ce fut un échec cuisant, la ville étant trop bien fortifiée et défendue. Jeanne y gagna une blessure et un regain de méfiance à son égard. Le 12, le roi ordonna la retraite de son armée vers les bords de la Loire.
Le 21, le Bâtard reçut l'ordre de licencier le corps de réserve. Il put ainsi s'occuper de la gestion des affaires du duché d'Orléans. Durant l'automne et l'hiver, il parcourut les possessions de son frère pour y régler toutes sortes de problèmes, de la réfection de certains châteaux jusqu'aux représailles contre des bandes de routiers. Il y gagna une grande popularité. Il revit jeanne à Orléans, en janvier 1430; mais il était loin de se douter que c'était la dernière fois qu'il la voyait vivante ...
Les anglais préparaient une offensive pour le printemps; aussi on confia à Jean la garde des pays de la Loire. C'est à l'occasion d'une inspection à Montargis qu'il apprit que, les trèves n'étant pas prolongées, la Bourgogne entrait en guerre aux côtés des goddons. Il se rendit auprès de son roi, à Bourges, pour obtenir un commandement actif. C'est là que tous le monde apprit avec effroi que Jeanne, qui combattait les anglo-bourguignons, venait d'être prise, le 25 mai, devant Compiègne.
On comprit bien vite qu'elle était perdue: ses ennemis pensaient que sa disparition allait éteindre la flamme victorieuse qu'elle avait rallumé.

1430-1433:

Le duc de Bourgogne avait envoyé le prince d'Orange attaquer le Dauphiné. Celui-ci se heurta à Gaucourt et fut sévèrement battu le 11 juin à Anthon. On se battait aussi dans le Mâconnais, le Charolais, le Vendômois. En automne, Barbazan battait les anglais à Chappes et Anglure, Xaintraille et Boussac les anglo-bourguignons à Germigny.
En décembre, La Hire prit Louviers, et de là, fit de nombreuses incursions dans le voisinage, s'approchant même de Rouen où Jeanne était captive. Toujours en décembre, le Bâtard reçut de son frère le comté de Périgord, en échange de celui de Porcien. De plus, il reçut les seigneuries de Romorantin et de Millançay car "il n'a mie terres, rentes ni revenus par lesquelles ni desquelles il put avoir et soutenir son état en votre service, ni ne peut avoir, sinon de nous de qui il est, comme dit est, frère naturel et serviteur comme il disait, et nous suppliant humblement que pour lui, vivre et soutenir sa lignée quand Dieu lui en donnera [...]". Le nouveau seigneur de Romorantin se rendit ensuite auprès du roi.
En février 1431, on assista à une énième réconciliation avec la Bretagne; celle-ci avait l'air définitive, et Yolande d'Aragon en profita pour faire rentrer en grâce le connétable de Richemont.
En avril, le roi envoya le Bâtard en "entreprises secrêtes autour de Rouen. Quel genre de mission ? Une tentative pour délivrer Jeanne ? En tout cas, on perd la trace de Jean pendant plus de deux mois.
Pendant cette "disparition", on apprit le supplice de Jeanne, survenu le 31 mai. La nouvelle se répandit rapidement dans toute la France, provoquant indignation, horreur et pitié.
La mort de la Pucelle n'empêcha point les français de continuer à se battre, bien au contraire. D'Albret fut envoyé en Champagne, Boussac en Beauvaisis, d'Alençon et le comte de Vendôme vers la Bourgogne, le Bâtard, La Hire et Xaintrailles dans l'Eure. Le duc de Bourgogne finit par se lasser de la guerre, dans laquelle il n'avait rien gagné; le 08 septembre, on négocia une trève de deux ans.
Jean sollicita alors un congès, qui lui fut accordé. Il en profita pour administrer au mieux les terres de ses frères prisonniers, et les siennes. Il devait s'occuper de tout; il pouvait vivre décemment grâce aux dons du roi et de son frère :" Nous voulons et vous mandons, est-il commandé à Pierre Taillebois, que la somme de 20 muids de froment, mesure de Blois vous baillez et délivrez à nostre aimé et féal frère, Jehan bastard d'Orléans, ou à son certain commandement, par chacun an, jusques à trois ans prochainement venant, tant seulement à les prendre sur nos quatre moulins du Pont de Blois ... Lesquelles 60 muids de blé froment, en trois années ensuivantes, avec sa pension de 1000 livres tournois, nous voulons être délivrés à nostre dit frère, afin qu'il ait mieux de quoi fournir son état" (lettre du 29 octobre 1431).
On apprit que, le 16 décembre, Henri VI d'Angleterre s'était fait sacré en tant que roi de France, à Paris. Pas un prince français ne fit le voyage, même le duc de Bourgogne ne prit pas la peine de se déranger. La population parisienne préfèra s'enfermer au passage du cortège. En fait, ce sacre scandalisa les français, qui avait déjà un roi.
Au début de 1432, Jean fut nommé lieutenant-général pour les régions d'Orléans, Blois, Dunois, Chartres et des pays qui sont entre Loire et Seine. Son premier objectif était de reprendre Chartres aux anglais.
12 avril 1432. Le Bâtard décida d'employer la ruse: un prédicateur dominicain, qui était bon français, accepta de prêcher dans un quartier opposé à celui où les forces royales se présenteraient. Celles-ci s'arrêtèrent à faible distance des remparts, et Jean fit partir en avant des soldats déguisés en charretiers, qui conduisaient quantité de chariots. Les gardes ouvrirent les portes sans méfiance, et là, Florent d'Illiers et 120 hommes s'engouffrèrent dans la ville et se précipitèrent sur les gens d'armes. Puis ce fut Jean et La Hire, avec 200 soldats, qui firent irruption et occupèrent les points stratégiques. Après la capture du gouverneur, la garnison déposa les armes. Jean autorisa le pillage pendant 24 heures, afin de punir les bourgeois d'avoir bien acceuilli les anglais.
Le 01 mai 1432, le duc de Bedford mit le siège devant Lagny. Après avoir réuni une armée de secours, le Bâtard se porta au secours de la ville assiégée, qui fut libérée le 10 août. Entretemps, le "ministre" La tremoille avait médité de faire enlever le duc de Bourgogne, qui trainait les pieds pour faire la paix; il avait même pensé à Jean pour mettre au point cette folie. Quand l'envoyé du ministre demanda à Jean de s'occuper de l'enlèvement, celui-ci répondit: "Je ne lui veux nul mal, je sais bien que monseigneur de Bourgogne ne hait pas mon frère; mon frère non plus ne hait point monseigneur de Bourgogne".
Le complot fut bien évidemment éventé, et Philippe le Bon menaca la France de rupture.
Et alors, on s'aperçut que Georges de La Tremoille était bien gênant, maladroit ... On se rendit compte également de ses dilapidations et de son opulence, alors que la famille royale était dans la gêne. Le 30 septembre, à l'occasion de l'enterrement de la duchesse de Bretagne, les reines de France et de Sicile, le connétable, le Bâtard et d'autres princes imaginèrent la perte du ministre. Jean se tiendra hors de la conjuration, tout en promettant sa neutralité bienveillante.
En novembre, s'ouvrirent des conférences de paix à Auxerre; encore un échec, les demandes des uns allant contre celles des autres. On décida de se réunir à nouveau à Seine-Port, en mars 1433.
Comme les combats cessèrent avec l'hiver, Jean retourna à la Cour à Amboise pour remplir ses fonctions de chambellan.
Comme prévu, on se réunit à Seine-Port pour discuter de paix. Tout le monde se sépara après la signature d'une trêve générale de quatre mois.
Le 26 juin, à Chinon, tout était prêt pour renverser La tremoille. Alors que le Bâtard organisait une revue vers Tours, les conjurés mirent leur plan à éxécution. Parmis eux se trouvaient Pierre d'Amboise, Jean de Bueil, Pierre de Brézé et Raoul de Gaucourt. Ils firent irruption, avec quelques dizaines d'hommes, dans la chambre du ministre; celui-ci opposa quelques résistances, mais finalement reçut un coup d'épée. Les conjurés avouèrent leur acte "accompli pour le bien du royaume" au roi; celui-ci, après quelques réflexions, se déclara satisfait. Néanmoins, il permit au ministre blessé de se retirer dans ses terres à Sully.
Le règne des favoris était terminé; désormais, l'équipe en place était totalement dévoué au roi et au royaume.
En juillet, on se réunit de nouveau à Corbeil; les plénipotentiaires anglais rompirent les négociations, pour mieux lancer une vaste offensive dans la Maine, l'Ile de France, la Normandie, la Champagne et le Bourbonnais.
Les troupes françaises résistèrent bien, sous les ordres du comte de Maine, du duc d'Alençon et du Bâtard (dans le nord de la Loire), de Richemont et de La Hire (région de Laon), de Charles de Bourbon et de Villandrando (en Bourgogne). La diplomatie du roi se développa fortement, à grands renforts d'embassades envoyées à l'empereur, au duc d'Autriche, au marquis de Ferrare, au duc de Milan, au roi de Castille, à Venise ...
En décembre, deux embassades partirent pour l'Ecosse, afin de renouveler l'alliance entre les deux pays; de plus, Charles VII désirait le mariage de son fils le dauphin avec Marguerite, la fille de Jacques I° d'Ecosse. Celui-ci fut flatté par cette demande, et se détourna ainsi des avances que lui faisaient les anglais.

1434-1437:

Charles VII convoqua les Etats Généraux pour une réunion extraordinaire à Vienne, pour le 01 avril 1434.
A la date prévue, on vit paraître le roi avec sa cour: Charles de Bourbon, Charles d'Anjou, le Bâtard, Raoul de Gaucourt, la maréchal de La Fayette, l'amiral de Culant, Christophe d'Harcourt, Hugues de Noé ... Et même Tanguy du Chastel, venu saluer le roi.
Les Etats votèrent d'importants subsides pour la poursuite de la guerre contre ses ennemis. Du coup, Philippe le Bon se voyait attaqué de partout à la fois, et songea sérieusement à obtenir la paix que ses soldats et ses sujets réclamaient quelque peu. Le 17 septembre, au siège de Ham, qui était mené par le connétable de Richemont et le Bâtard, on parvint sans difficulté à signer une trève, valable pour la Picardie. Le 02 décembre, les deux partis signèrent un armistice, qui ouvrait la voie à la reprise des négociations.
En janvier 1435, à Nevers, eut lieu une première entrevue, où régna l'optimisme; on convint de se réunir à Arras pendant l'été, afin de régler tous les détails et tous les litiges.
Restait l'adversaire anglais. Le Bâtard fut chargé d'opérer en Ile-de-France. En attendant, La Hire et Xaintrailles battaient le comte d'Arundel à Gerberoy, le 01 mai. Un mois plus tard, Jean d'Orléans parvint à prendre Saint-Denis, aidé de La Hire, cependant que plus au nord, les hommes du maréchal de Rochefort prenaient Le Crotoy.
Le Congrès d'Arras s'ouvrit le vendredi 05 août 1435. On y retrouvait les ambassadeurs français, anglais et bourguignons; il y avait aussi des observateurs des ducs de Bretagne, d'Anjou, de Savoie, d'Alençon, d'Orléans, et le pape avait envoyé le cardinal de Sainte-Croix. Après un mois de discussions, les français proposèrent l'abandon à l'Angleterre de la Guyenne anglaise, du comté de Périgord, du duché de Normandie; en retour, le roi d'Angleterre renoncerait au trône de France, et ferait libérer les princes français prisonniers outre-Manche.
Ne voulant en aucun cas céder, la délégation anglaise vida les lieux. Philippe le Bon hésitait cependant à faire la paix; ses doutes furent balayés quand il apprit la mort du duc de Bedford, le 14 septembre. Sept jours plus tard, la paix si désirée fut enfin signée: Charles VII dut désavouer le meurtre de Jean sans Peur; le duc de Bourgogne reçut les comtés d'Auxerre, de Mâcon, de Ponthieu, la vicomté de Montreuil, le Boulonnais et Bar-sur-Seine; de plus il reçut les villes de la Somme (Amiens, Doullens, Corbie, Roye, Montdidier, Péronne, Saint-Quentin) rachetables au prix de 400000 écus; enfin, philippe le Bon était dispensé de l'hommage traditionnel.
Cela représentait beaucoup de sacrifices pour le roi de France, mais maintenant, il avait les mains libres pour chasser les anglais de son royaume.
En attendant la ratification du Traité, on apprit que la reine Isabeau de Bavière était morte le 29 septembre, dans le mépris et l'indifférence ...
Il semblait bien que le Traité de troyes appartenait maintenant au passé.
Fin 1435, le Bâtard reçut le titre de grand chambellan, avec une rente annuelle de 4000 livres.
En février/mars 1436, les troupes françaises prirent Pontoise, Meulan, Saint-Germain, Saint-Denis, Charenton et Brie-Comte-Robert, profitant d'une attaque anglaise contre les Bourguignons. Le 13 avril, après avoir été chercher des renforts en Beauce, le Bâtard Jean retrouva Richemont à proximité de Paris. Ils avaient la ferme intention de prendre la capitale. La porte Saint-Michel étant bien gardée, ils purent entrer par celle de Saint-Jacques, aidés en cela par la milice parisienne. La garnison de 15000 anglais dut se réfugier dans la Bastille. Le lendemain, on afficha sur les murs la lettre de pardon royal, et le 17, les anglais purent retraiter vers Rouen.
Début juillet, les bourguignons échouèrent dans leur tentative pour prendre Calais, à cause des milices flamandes qui désertèrent, préférant regagner leur pays. Dans le même temps, on renforça l'alliance écossaise en mariant le dauphin avec Marguerite d'Ecosse.
Les difficultés financières empêchaient la poursuite d'une campagne très coûteuse; aussi, Charles VII s'occupa du rétablissement de l'ordre, c'est-à-dire d'entreprendre l'élimination des Ecorcheurs; il prit pour cela plusieurs mesures sévères, qui n'eurent pas l'effet escompté.
En février 1437, les anglais surprirent Pontoise et Ivry; mais les défenses mises en place par le Bâtard ne permirent pas aux goddons d'inquiéter la capitale. La préoccupation de toujours du Bâtard était la libération de ses frères toujours prisonniers des anglais. Il partit donc vers la Bretagne, afin d'obtenir du duc un prêt d'argent. Dans les premiers jours de mai, il fut à Angers, où se trouvait le duc de Bretagne, et où l'on célébrait le mariage de Jean d'Anjou et de Marie de Bourbon. Mais toute la noblesse qui était là conspirait contre le roi; la rapidité de la réaction royale (le roi arriva rapidement à Poitiers avec une armée) dispersa tout ce beau monde ...
Le roi avait à ce moment décidé d'ouvrir une nouvelle campagne contre l'ennemi: Montargis se rendit en juin, Château-Landon et Nemours en juillet/août. En septembre, on assiègea Montereau, qui tomba finalement le 10 octobre; le roi y montra une grande activité, et on le vit participer à l'assaut général.
Cette campagne était un succès, et pour la terminer glorieusement, Charles VII s'apprêtait à faire son entrée solenelle dans Paris, ce qui se fit le 12 novembre dans la joie et les pleurs des très changeants parisiens.

1437-1440:

Le 03 décembre (1437), le roi quitta Paris (il avait trop de mauvais souvenirs des Parisiens); le Bâtard l'accompagna dans son voyage vers Tours. Pui celui-ci rejoignit Richemont en Ile de France, pour reconquérir complètement cette province. La reconquête dura trois mois. A son retour à Bourges, Jean commenca à courtiser une jeune femme qui lui plaisait bien, Marie d'Harcourt; le roi voyait en elle un très bon parti pour son fidèle Bâtard, et agréait naturellement à leur aventure. Le projet d'un mariage était néanmoins remit à plus tard.
Pendant l'été 1438, la "Pragmatique Sanction" de Bourges fut promulguée; désormais l'Eglise de France était soumise au Parlement et indépendante de Rome dans les questions d'administration et de discipline. Cette "Pragmatique" fut bien accueillie par le pays.
Le 28 janvier 1439, à Calais, s'ouvrit une conférence entre anglais et bourguignons: tous voulaient rétablir les relations commerciales entre eux, et essayer d'éxaminer l'éventualité d'une trève franco-anglaise. Charles VII donna pouvoir au duc de Bourgogne, au comte de Vendôme, au Bâtard, à Regnault de Chartres et à Guillaume d'Harcourt pour faire une " paix finale entre les royaumes de France et d'Angleterre". On parla aussi des frères captifs du Bâtard. La duchesse de Bourgogne plaida leur cause auprès des anglais; si bien que, le 26 juin, le cardinal de Winchester débarqua à Calais avec Charles d'Orléans. Deux jours plus tard, ce furent les retrouvailles entre les deux frères, qui s'étreignirent longuement. Mais Charles n'était pas encore libre ...
Pendant l'été, Richemont attaqua Meaux (qui capitula le 12 août); pour ne pas rompre les négociations avec les anglais, on convint d'une nouvelle réunion générale, fixée au plus tard le 01 mai 1440, où l'on parlera encore de trève et de libération de prisonnier.
Les deux frères s'étreignirent une dernière fois le 21 juillet; à cette occasion, le duc d'Orléans fit don du comté de Dunois à son frère, en échange de Romorantin et Millançay. Puis Charles retourna dans sa prison d'Angleterre.
Il avait engager son frère à se marier avec Marie; il lui fallait juste obtenir l'assentiment de Jean, évêque de Tournai, tuteur de la jeune femme, et une dispense papale, car les deux tourtereaux étaient parents à un degré défendu.
Après cela, le roi décida la réunion des Etats Généraux à Orléans, et chargea Jean de la préparation de la tenue de l'assemblée. Les Etats s'ouvrirent le 30 septembre: on décida de faire bonne paix avec l'anglois; après lecture des doléances des députés, le roi entreprit la réformation de l'armée, aidé en cela par les capitaines et les spécialistes.
Le Bâtard avait à réunir 120000 écus d'or pour la libération de son frère; il participa donc peu aux débats à Orléans.
Le 26 octobre, après avoir reçu la dispense papale, on signa le traité de mariage de Jean et Marie. L'union eut lieu le 16 novembre dans la cathédrale d'Orléans, devant le duc et la duchesse d'Alençon, Marguerite d'Orléans (soeur du marié), Charles d'Anjou (représentant le roi), le comte de Tancarville (frère de la mariée), et devant les fidèles amis Pierre de Brézé et Xaintrailles. La cérémonie fut peu fastueuse, car les deux familles étaient dans le besoin.
Après le mariage, le couple s'installa à Beaugency. La nouvelle comtesse de Dunois se plut tout de suite dans cette cité.
Entretemps, le 02 novembre, le roi avait publié La Grande Ordonnance, pour la réorganisation de l'armée: on projetait la création des compagnies d'ordonnance, des francs-archers; une taille permanente sera prélevée pour entretenir ces troupes. Enfin, l'ordonnance prévoyait la suppression des armées seigneuriales.
La Féodalité vit dans ces réformes une menace et une atteinte contre ses privilèges et son indépendance. Alors commencèrent pourparlers et conciliabules entre les princes et les seigneurs mécontents; Jean n'y participa pas, étant occupé à réunir la rançon pour la libération de son frère.
En décembre, il parvint à réunir la somme, et se rendit à Angers, où se trouvait le roi et sa cour, pour obtenir l'autorisation royale, qui se faisait attendre.
A Angers, les seigneurs mécontents du roi et de son ordonnance commencèrent leur "révolte" (Praguerie): à leur tête, les ducs de Bourbon et d'Alençon; ils avaient noué des intelligences avec le dauphin, le maréchal de La Fayette et Jacques de Chabannes. Bourbon réussit même à persuader le Bâtard, à force de calomnies, que le roi ne voulait que rabaisser les princes, et qu'il ne se souciait pas de faire délivrer le duc d'Orléans.
Tous voulaient mettre le roi en tutelle et substituer l'autorité du dauphin à la sienne. Ne pouvant s'en prendre à la personne du roi, les révoltés s'établirent à Niort, dont le gouverneur avait été chassé par le dauphin. La cité devint le centre de rassemblement des bandes armées; un peu partout, des forteresses se déclarèrent pour le dauphin. Le Bourbonnais et le Forez se soulevèrent.
Charles VII fut obligé d'employer la force. Il écrivit d'abord aux villes, en février 1440, en leur demandant de ne pas prêter assistance aux rebelles; puis une véritable campagne commenca, qui devait s'achever par la prise de Niort, et l'éxécution de 26 rebelles. Les princes eurent le temps de s'esquiver vers l'Auvergne. De là, Alençon lança un manifeste, excitant l'Auvergne, le Dauphiné et la Champagne à se soulever en masse. Le roi marcha aussitôt vers le Bourbonnais; le Bâtard, qui s'était aperçu de son erreur, le rejoignit à Guéret. Le roi pardonna à son fidèle.
Pendant le printemps et le début de l'été, l'armée royale reprit plus de 25 forteresses aux révoltés; ceux-ci préférèrent finalement se soumettre. Le roi indulgent remit au dauphin l'administration du Dauphiné.
Le Bâtard peaufinait les derniers détails pour la délivrance de son frère. Le 03 novembre, le roi d'Angleterre signa les lettres d'élargissements du duc d'Orléans; deux jours plus tard, celui-ci fut enfin libre et put embrasser son frère et ses proches. Le 16 novembre, il jura solenellement de respecter le traité d'Arras, à la demande de Philippe le Bon. Le 26, on maria le duc d'Orléans à Marie de Clèves en grande pompe. Le 30, Orléans et Bourgogne signèrent un traité d'alliance et d'amitié, et promirent de travailler à la pacification du royaume.
Entretemps, Dunois apprit avec bonheur la naissance de sa première fille, prénommée Marie, comme sa mère. L'année se terminait bien pour Jean.

1441-1445:

Après la signature du traité, vint le temps de la séparation; le duc d'Orléans regagna sa capitale le 24 janvier 1441.
Durant cet hiver là, les "écorcheurs" refirent parler d'eux dans le nord du royaume. Charles VII s'occupa personnellement de l'affaire, en prenant la tête d'une armée qui délivra la Champagne en 15 jours. Un des chefs de ces bandes, le Bâtard de Bourbon, fut pris et noyé dans l'Aube; les autres, échaudés, préférèrent fuir et se rendre.
Pendant que le duc d'Orléans résidait en Bretagne, son frère le Bâtard reçut l'ordre de lever une compagnie de gens d'arme et de se rendre à Compiègne, où l'attendait le roi. Le 24 mai, les français prirent Creil, et le 03 juin, ils mirent le siège devant Pontoise; la ville tombera le 19 septembre, alors que Dunois s'était absenté pour faire un voyage en Italie, pour revendiquer (vainement) la seigneurie d'Asti au nom du duc d'Orléans.
Après les prises de Creil et de Compiègne, le roi entreprit de réorganiser l'administration et les finances, ce qui n'était pas une mince affaire. On décida également de se réunir à Nevers, le 28 janvier 1442, où les nobles prétendaient présenter leurs "remontrances"; le roi se fit représenter.
Ces remontrances portaient sur le manque de justice, les exactions des gens de guerre et les charges excessives qui s'abbataient sur le pays; de plus chacun désirait participer aux Affaires. Les représentants du roi répondirent à toutes les doléances; ils expliquèrent la situation du royaume, que tant qu'il y aura des anglais pour occuper le pays, il y aura des exactions de la soldatesque et des charges excessives, et que si les princes désiraient tant participer aux affaires, le roi les convoquera volontiers pour discuter de la reconquête des territoires dominés par les anglais.
Chacuns purent comprendre qu'était fini le temps de la discussion, et que le nouveau Charles VII n'était plus le "roitelet" de Bourges.
En mai 1442, le Bâtard investit l'Angoumois pacifiquement, puis repartit en Italie pour revendiquer une seconde fois la seigneurie d'Asti (encore en vain).
Le roi, de son côté, fit une entrée triomphale à Toulouse, le 08 juin, et prit possession de Tartas sans combat le 25. Malgré l'indiscipline de "l'armée du Sud", les français prirent Dax (03 juillet) et La Réole (07 octobre); la garnison du château résista cependant jusqu'au 07 décembre.
De retour d'Italie, Dunois, aidé de Brézé, operait en Normandie (été 1442); ils prirent Gallardon et Granville; fin novembre, les anglais, commandés par Talbot, mirent le siège devant Dieppe.
Assuré que les anglais, comme à leur habitude, ne tenteront rien de plus qu'encerclement de la ville durant l'hiver, Dunois put se rendre au sacre du nouveau duc de Bretagne, François I°; la cérémonie eut lieu le 09 décembre. Puis Jean passa l'hiver chez lui, avec sa femme et sa fille, à se reposer et à organiser sa maison. 
Au printemps 1443, Jean fut rappelé aux affaires; le 23 mai, il signa, au nom de son frère, une convention (de 40 ans) dans laquelle le duc d'Orléans est reconnu seignuer d'Asti par le duc de Milan.
Après cela, en juillet, le roi l'envoya à Dieppe, afin de libérer la ville; il devait seconder le dauphin Louis, aidé en cela par Gaucourt et Louis de Luxembourg. Le 11 août, l'armée fut devant Dieppe, qui fut conquise le 15. Le Bâtard reçut en récompense le comté de Longueville (septembre).
Durant l'hiver, Jean fut présent à la cour, ébloui comme beaucoup, par la beauté d'Agnès Sorel, dont le roi était fort amoureux.
Au printemps 1444, on mit sur pied une conférence de paix à Tours: celle-ci débuta le 16 avril avec pour négociateurs français le comte de Vendôme, le Bâtard, Pierre de Brézé, et du côté anglais, le comte de Suffolk et Adam Moleyns.
Dans une atmosphère favorable, on discuta de la libération de Jean d'Angoulème (la rançon fut fixée à 72000 écus d'or); par contre, on ne put, comme par le passé, s'entendre sur les bases d'une paix définitive; les délégations se rabattirent sur la négociation du mariage d'Henri VI avec Marguerite d'Anjou, et la conclusion d'une trêve, signée le 28 mai, qui devait durer jusqu'au 01 avril 1446. Dunois fut nommé conservateur de la trêve.
Pendant que le roi et son fils menaient une expédition dans l'Est (contre les Suisses notamment), Jean regagna ses domaines; en septembre, il acheta la seigneurie de Châteauregnault à Jean de Daillon, et il eut la satisfaction de voir sa femme mettre aumonde un fils, prénommé Jean (et parrainé par le duc d'Orléans). Tout au long de l'hiver, Jean et son frère multiplièrent les démarches pour obtenir la libération de leur frère d'Angoulème.
La campagne royale dans l'Est fut un succès: le dauphin fut victorieux des Suiises, et le roi obtint les villes d'Epinal, Toul et Verdun, par le traité de Trèves (23 février 1445).
De retour à la cour, Charles VII pressa les princes de payer la rançon de Jean d'Angoulème, qui fut libéré le 31 mars 1445. Les trois frères étaient enfin réunis.
Au début de l'été, Dunois céda Romorantin au comte d'Angoulème; puis, en tant que "conservateur de la trêve", il reçut le comte de Vendôme, l'archevêque de Reims, Gaucourt et Etienne Chevalier, afin de leur confier une mission: aller en Angleterre pour discuter d'un traité définitif. L'équipe revint au mois d'août, en n'ayant pu obtenir que la prorogation de la trêve jusqu'au 01 novembre 1446.
En juillet, Dunois fut appelé pour reprendre sa place au Conseil, ce qui fut commenté favorablement à la cour. Sauf par le dauphin, qui avait de fréquents accrochages avec le Bâtard. Ils finirent même par se brouiller, quand le dauphin révoqua les dons qu'il avait naguère accordés à Jean (18 octobre 1445).

1445-1450:

Durant l'hiver 1445-1446, la cour s'installa à Pazilly; ici, le dauphin intrigua de plus belle contre la politique paternelle. A cette époque, une ambassade fut envoyée en Angleterre; elle revint au pays avec une prolongation de la trêve jusqu'au 01 avril 1447, et une promesse du roi Henri VI, qui prenait l'engagement de céder le comté du Maine à la France.
La trêve, plusieurs fois reconduite permit au royaume de souffler un peu; la cour de Razilly enchaînait les fêtes, les joyeux ébattements, comme on disait à l'époque. De ces ébattements le dauphin se tenait à l'écart, et toujours plus il intriguait. Charles VII fit enquêter sur son fils, et celui-ci, jugeant la situation intenable, demanda d'assurer sur place le gouvernement de son Dauphiné (son départ eut lieu fin décembre 1446).
Au début de l'année 1447, Dunois eut le bonheur d'être père d'un fils une seconde fois; l'enfant fut prénommé François, et parrainé par le duc de Bretagne. A la même époque, le 22 janvier exactement, des ambassadeurs anglais renouvelèrent la trêve jusqu'au 01 janvier 1448. Plus tard, le roi de France décida d'envoyer (encore) une autre ambassade à Londres; celle-ci était composée de Dunois, de l'archevêque de Reims, de Bertrand de Beauvau et de Guillaume Cousinot. On traversa la Manche en juin, et les entretiens commencèrent le 01 juillet. Les français obtinrent une prorogation de la trêve jusqu'au 01 mai 1448, délai fixé pour la tenue d'une convention entre les deux rois; ils reçurent également des lettres d'Henri VI qui prescrivait d'opérer la cession du comté du Maine avant le 01 novembre suivant.
En octobre, le duc d'Orléans, qui inaugurait la politique italienne qui accaparera longtemps les Valois, se fit étriller par François Sforza; tous deux étaient en compétition pour la possession du duché de Milan.
En novembre, on envoya le Bâtard à Lyon; de là, il partit à Lausanne pour conférer avec l'antipape Félix V (anciennement Amédée VIII duc de Savoie); il s'agissait d'obtenir la renonciation de Félix à la tiare, afin de faire cesser le Schisme (qui durait depuis 1378). Félix acceptait cette renonciation, mais à certaines conditions. Il fallut attendre les réactions du vrai pape, Nicolas V.
Le roi de France attendait en vain la cession du comté du Maine; on se réunit encore, une fois pour une prolongation de la trêve jusqu'au 01 janvier 1449, et une autre fois où Dunois fixa un ultime délai pour la "livraison" du Mans, prévue pour le 15 janvier 1448; à cette date toujours rien ...
Les français proclamèrent cette fois-ci que si la place n'était pas rendue le 10 février, les anglais l'occupant sont exclus du bénéfice de la trêve.
Le 09 février 1448, le Bâtard, accompagné de Brézé, du sire de Précigny et d'une petite armée, se dirigea vers Le Mans. Quatre jours plus tard, comme la ville n'avait pas été rendue, on lui envoya un refort de 6000 hommes; les français occupèrent les faubourgs.
Pourtant, le 11 mars, on avait encore une fois prolongé la trêve, cette fois jusqu'au 01 avril 1450. Il était clair que les anglais voulaient gagner du temps; ils ne renonçaient pas aux territoires et aux villes perdus.
Voulant se doter d'une armée performante, Charles VII avait déjà réorganisé la cavalerie; le 28 avril fut promulguée une ordonnance, où un nouveau corps était crée, les Francs archers: "Ordonnons qu'en chacune paroisse de nostre royaume y aura un archer, qui sera et tiendra continuellement en habillement suffisant de salade, dague, espée, jacque ou hucque de brigandine, et seront appelez les Francs Archers [...]". Le salaire de chaque archer était fixé à quatre francs par mois, et chacun était exempté d'impôts. Un tel procédé permit de constituer rapidement une forte infanterie.
En mai, Le Mans fut investie complètement; le reste du comté fut occupé rapidement. Pour le Bâtard, le reste de l'année 1448 constitua en une série de voyages à Lausanne, youjours dans l'optique de fléchir l'antipape Félix V; Jean était aidé en cette tâche par Jacques Jouvenel des Ursins, Elie de Pompadour et Jacques Coeur. Félix finit par s'incliner le 04 avril 1449, date à laquelle il renonçait solenellement à la tiare.
C'en était fini du Grand Schisme d'Occident, et c'était l'oeuvre de Charles VII et de son fidèle Dunois. La délégation française fit ensuite le voyage de Rome, pour obtenir la confirmation du pape Nicolas V, pour ce qui avait été accompli à Lausanne.
Dès son retour en France, Jean put s'apercevoir que les anglais avaient rompu la trêve: François de Surienne avait pris et saccagé la ville de Fougères, au mépris des engagements qu'avaient pris les anglais. Réponse de Charles VII à cet évènement: " [...] besogner présentement aux autres attentats et laisser le fait de Fougères derrière, qui est si grand et si énorme et si directement contre la teneur des dites trêves, est chose bien claire que ce serait petitement pourvoir à l'entretenement de ces trêves".
Somerset entreprenait d'autres actions sur Dreux et La Ferté-Bernard, en espérant que les français n'oseraient bouger. Il se trompait lourdement: sans attendre l'ordre royal, Brézé prit Pont-de-l'Arche à l'ennemi, le 16 mai (1450), et le mois suivant Gerberoy, Conches, subirent le même sort.
Charles VII se préparait à la guerre; il envoya Dunois en Bretagne avec Coëtivy, Précigny et Etienne Chevalier. Le 17 juin, on signa avec le duc de Bretagne un traité d'alliance et d'assistance contre l'anglais; il y était stipulé qu'on leur déclarerait la guerre si ceux-ci n'évacuaient pas Fougères avant le 31 juillet.
Sur les conseils de duc de Bourgogne, le roi et les princes se réunirent le 17 juillet au château des Roches-Tranchelion; la noblesse assemblèe là décida la reprise de la guerre. Le Bâtard reçut la lieutenance-generale des pays entre la Somme, l'Oise et la mer. De plus, Jacques Coeur avanca au roi 200000 écus, pour les frais de guerre.
L'armée française entra en campagne contre la Normandie le 01 juillet.

1450-1451:

La campagne de Normandie commença bien: Dunois prit Verneuil le 20 juillet. Talbot dut se retrancher dans Rouen, ce qui laissa le champ libre aux français: ils prirent Pont-Audemer et Pont-l'Evêque (le 15 août), Lisieux (le 16), Mantes (le 26), Vernon (le 29). le 30, on décida de séparer l'armée en trois corps; leurs actions permirent la prise de nombreuses places: La Roche-Guyon, Argentan, Fécamp, Gournay, Harcourt, Neufchâtel, Sées, Alençon, Coutances, Granville, Saint-Lô (en septembre), Carentan, Valognes, Château-Gaillard (en octobre). Dunois parvint à prendre Fougères le 04 novembre.
Le "gros morceau" était Rouen; les français commencèrent l'investissement de la cité le 09 octobre. Le 19, on attaqua férocement, et la garnison anglaise fut obligée de se retrancher dans le château de la ville. Le 29, enfin, les anglais s'engagèrent à quitter la place, à rendre Caudebec, Tancarville, Honfleur, Arques, et à remettre plusieurs otages, dont Talbot.
Charles VII put faire son entrée dans la ville libérée le 10 novembre, sous les acclamations de la foule. Ce jour-là, Dunois improvisa quelques mots: " Sire, voici vos bourgeois de Rouen qui vous supplient humblement que vous les ayez pour excusés de ce que si longtemps ont attendu à retourner et eux remettre en votre obéissance, car ils ont eu de moult grandes affaires et ont été fort contraints par les anglais, vos anciens ennemis; et aussi que vous ayez souvenance des grandes peines et tribulations que jadis ils souffrirent avant qu'ils se voulaissent rendre auxdits anglais, vos adversaires".
Il fallait poursuivre la campagne. Malgré les conventions de Rouen, Honfleur refusait d'ouvrir ses portes; de plus, Harfleur constituait une menace, dotée d'une forte garnison anglaise. Le Bâtard reçut l'ordre de prendre les deux villes.
Les opérations débutèrent le 08 décembre, devant Harfleur. La cité fut méthodiquement assiégée, puis bombardée par seize canons apportés par les frères Bureau; la ville finit par capituler le 25 décembre, et la garnison anglaise fut faite prisonnière. Puis l'armée se dirigea vers Honfleur, tandis que le roi s'installait à l'abbaye de Jumièges. De là, le 16 janvier 1450, il confirma le don du comté de Longueville au Bâtard. Honfleur fut prise le 17 janvier.
Les anglais tentèrent un suprême effort: Henri VI engagea ses joyaux pour lever une forte armée. Thomas Kyriel débarque donc le 15 mars à Cherbourg, accompagné de 3500 soldats; début avril, ils prirent Valognes.
La réaction de Charles VII fut immédiate; il confia la lieutenance-générale de la Basse-Normandie au comte de Clermont, et divers renfort se dirigèrent vers les troupes de Kyriel. Ceux-ci s'étaient retranchés à Formigny; le 15 avril, Clermont entra en contact avec les premières lignes anglaises, commandées par Matthew Gough; les couleuvrines françaises firent d'importants dégâts, mais furent capturées par 400 archers envoyés par Gough. C'est à ce moment que les français du connétable de Richemont firent leur jonction avec ceux qui combattaient déjà. Ce renfort important fit que "touz furent desconfitz, mors et prins, et en fuyte bien six mille. Et fut prins monseigneur Thomas Kyriel, qui estoit lieutenant du roy d'Angleterre, et missire Henri de Norberi et Jennequin Baquier, qui fut prisonnier à Eustaiche de l'Espinay, et Matago [Matthew Gough] s'enfuit".
Cette victoire de Formigny consacra, pour les anglais, la perte de la Normandie. Et le duc d'Orléans d'écrire: "Réjouis-toi, franc royaume de France, à présent, Dieu pour toi se combat".
Néanmoins, il fallait en finir avec les dernières places anglaises. Les français prirent Vire, Bayeux (le 16 mai), Avranches et Valognes. Il ne restait à ce moment-là que quatre places aux anglais: Caen, Cherbourg, Domfront et Falaise.
Caen fut méthodiquement investié et bombardée à partir du 05 juin, et finalement prise le 01 juillet; le 21 du même mois, Xiantrailles prit Falaise, et le 24, ce fut le tour de Domfront. Tous les efforts furent portés sur Cherbourg, qui capitula le 12 août; la garnison put partir le 14 pour Calais.
La conquête de cette province fut un modèle du genre, menée à bien grâce à la valeur des capitaines, mais aussi grâce à la nouvelle armée de Charles VII. 
Jean obtint du roi de rester quelques temps en Normandie; il en profita pour visiter son comté de Longueville.
On le retrouva en septembre, à Beaugency, où sa femme venait de mettre au monde d'une fille, qu'ils prénommèrent Catherine. Il entreprit ensuite de faire construire un château à Châteaudun, dont il voulait faire sa capitale. Les travaux dureront une dizaine d'années.
En octobre, il était de retour à Beaugency, auprès du roi et de la cour. Charles VII était de nouveau amoureux: la remplacante d'Agnès Sorel était Antoinette de Maignelais, qui n'était pas de la première jeunesse, mais qui avait su plaire au roi. Si celui-ci était dominé physiquement par les sens, cela ne l'empêchait pas de penser à la guerre contre les anglais.
Il prit la décision de libérer la Guyenne. Il envoya donc le comte de Penthièvre et le sire d'Orval conquérir les bases de départ pour la future grande attaque, prévue pour le printemps prochain. Les français de Penthièvre prirent Bergerac le 10 octobre, et Bazas le 31, où l'on décida de passer l'hiver.
Le 03 novembre, le nouveau duc de Bretagne, Pierre II, vint à la cour pour rendre l'hommage de son duché; Jean, en tant que chambellan, prit une part importante à la cérémonie.
Pendant l'hiver, après avoir représenté le roi aux Etats de Normandie, le Bâtard prit ses quartiers à Châteaurenaud.
A cette époque, le dauphin refit parler de lui. Il avait projeté d'épouser la fille du duc de Savoie, sans que son père soit d'accord; de plus, il voulait pour lui le duché de Guyenne, qui restait à conquérir, pour qu'il puisse vivre décemment. Charles VII envoya un ambassadeur, puis son roi d'armes à Chambéry (février 1451), afin d'empêcher le mariage. Trop tard: le 09 mars, le dauphin épousait Charlotte de Savoie; le 13, Louis et le duc signèrent un traité d'alliance. Le roi de France finit par entériner cette union, avec amertume et chagrin.
Au printemps, on mit sur pied le plan des opérations de Guyenne: Dunois, nommé lieutenant-général, rejoindra (avec 10000 soldats) les forces de Penthièvre présentes dans le Bazadais; Jean Bureau et le comte d'Angoulème feront partie de l'état-major; Jacques de Chabannes lèvera quelques compagnies pour renforcer les forces armées; enfin, le comte d'Armagnac et le sire d'Albret seront chargés de recevoir la soumission des villes.
On entra en campagne début mai: Dunois prit Montguyon, puis l'importante cité de Blaye le 20, pendant qu'une flotte royale pourchassait les vaisseaux ennemis jusqu'à la Gironde. Début juin, Saint-Emilion, Libourne, Castillon, Fronsac et Bourg tombèrent aux mains des français. Le 05, les forces de Penthièvre et celles du Bâtard firent leur jonction; Albret envahit le sud de la Guyenne (avec 6000 hommes), et prit Dax. Le comte d'Armagnac, de son côté, prit Duras et Sauveterre-de-Béarn. Puis, tout le monde convergea vers Bordeaux, où les seigneurs gascons enfermés là, réclamaient l'aide des anglais.
Pour gagner du temps, ils entrèrent en pourparlers avec Dunois; on leur permit d'adresser un dernier appel à Henri VI; si la ville n'était pas secourue le 28 juin, ils s'engageaient à signer l'acte de réddition dressé par Dunois.
Le 30, comme l'Angleterre ne s'était pas manifesté, le Bâtard, accompagné de tous les princes ayant participé à l'offensive, fit son entrée dans Bordeaux, et reçut le serment des jurats et les clés de la ville, au nom de Charles VII.
La conquête fut rapide (il restait Bayonne à conquérir, qui tombera le 21 août), mais beaucoup de Guyennais se "sentaient" anglais, et n'acceptaient pas la domination française. On savait que la con,quête était fragile.

1451-1456:

Après avoir travaillé à l’organisation de la Guyenne, Dunois fut rappelé par le roi, afin qu’il reprenne sa place au conseil. Le 28 novembre (1451), le roi nomma le nomma lieutenant-général de Normandie ; en effet, l’Angleterre, ayant retrouvé un semblant d’union, s’agitait, on pensait que la province la plus menacée était la Normandie.
Après avoir inspecté les défenses de la province, Dunois regagna Beaugency début 1452 avec sa famille. Il occupait la majeure partie de son temps à l’administration de ses domaines.
Dunois fut rappelé au Conseil fin février 1452 ; il y retrouva le légat du pape, le cardinal d’Estouteville, venu en France pour faire annuler la « Pragmatique Sanction », qui était défavorable au Saint-Siège. On en profita pour lui demander d’ouvrir le « dossier » Jeanne d’Arc, en vue de la réhabilitation.
Au milieu de l’année, le danger anglais fut plus palpable. Henri VI avait nommé le vieux Talbot lieutenant-général pour la conduite d’un corps expéditionnaire. Dunois fut à Dieppe au mois d’août, et organisa la défense de la Normandie : Richemont surveillera Caen et la Basse-Normandie ; Dunois lui-même restera à Dieppe en attendant l’arrivée des anglais.
L’attente fut longue et vaine. En attendant, Charles VII envahissait les Etats du duc de Savoie, excédé par ses intrigues ; il cherchait aussi à faire comprendre au dauphin que ses intrigues contrecarraient les actions royales. Louis de Savoie, apeuré, se soumit aux volontés royales ; on signa un traité à Feurs, le 27 octobre, où le savoyard renonçait à toutes promesses faites au préjudice du royaume, et s’engageait à faire hommage au roi du marquisat de Saluces.
Et alors, le roi apprit que les anglais avaient débarqué à Bordeaux, sous les ordres de Talbot. Les français sur place furent complètement pris au dépourvu. Le 23 octobre, Bordeaux fut complètement occupée ; tout le reste de la Guyenne se souleva contre l’occupant français. En novembre, il ne resta à la France que Fronsac, Bourg et Blaye.
Dunois resta en Normandie, car on pensait que l’affaire de Guyenne n’était qu’une diversion. Le roi lui fit savoir qu’il s’occuperait lui-même de la reconquête de la province perdue.
Charles VII revint aux Montils pour l’hiver, où il fit réunir et équiper une armée.
En mars 1453, Talbot reçut un renfort de 4000 soldats. Alors recommencèrent les hostilités ; l’armée française arrivait à grands pas ; elle fut divisée en quatre corps : le premier commandé par le comte de Clermont, le second par le comte de Foix, le troisième par le comte de Penthièvre, et les maréchaux de Valognes et de Lohéac, et enfin le quatrième par le roi lui-même.
D’avril à août, les français reprirent de nombreuses places aux anglais : Cadillac, Rions, Blanquefort, Chalais, Gensac ; ils purent se rendre maître du Bzadais et du Médoc dès le mois de juin.
Début août, les français de Penthièvre investissèrent Castillon ; Talbot accourut pour sauver la ville le 17 juillet. S’ensuivit une bataille qui tourna à l’avantage des français, grâce à une attaque sur le flanc gauche de Talbot par un corps de bretons. Talbot fut tué dans la mélée, ce qui entraîna le sauve-qui-peut général.
La reconquête fut très rapide, et la victoire de Castillon enterrait les derniers espoirs anglais. Le 19 octobre, Bordeaux redevint française, et définitivement cette fois. 
Alors que les français en terminaient avec la conquête de la Guyenne, on apprit une nouvelle stupéfiante : les turcs venaient de prendre Constantinople, le 29 mai, aprsè un siège épique. En Europe, on sentit le danger ; le 30 septembre, le pape adjura la Chrétienté à s’unir pour défendre la Foi.
Dunois rejoignit le roi aux Montils ; celui-ci était en relation avec le duc de Bourgogne et l’empereur, pour savoir qui s’engagerait dans un « Saint Voyage » contre l’infidèle.
Le 17 février 1454, Philippe de Bourgogne organisa un énorme banquet, où toute la noblesse présente promit de se croiser. Cette mise en scène, qui avait coûté une véritable fortune, fut appelée le « vœu du Faisan ». Bourgogne envoya un messager pour obtenir le concours du roi ; le messager fut congédié sans rien obtenir.
Charles VII en était toujours à la réorganisation du royaume. En avril, il fit publier une ordonnance sur la réformation du Parlement, concernant sa composition, sa compétence, la durée et la tenue des audiences …
Le Bâtard, quant à lui, passa le reste de l’année en Normandie, tant on craignait une action anglaise. Puis il gagna Melun, où le roi désirait passer l’hiver. Dunois était à ce moment là une sorte de premier ministre, celui que le roi écoutait le plus.
En février 1455, le Bâtard devint seigneur de Cléry (pour 800 écus). Il commanda immédiatement à son architecte, Colin du Val, d’ériger une chapelle destinée à servir de caveau familial.
Au début du printemps, un scandale éclata : le comte d’Armagnac, Jean V, entretenait une liaison incestueuse avec sa sœur Isabelle ; deux enfants, bientôt trois, étaient nés de cette union. Or, Jean V produisit une fausse dispense papale, et épousa Isabelle ! Emoi du roi, qui lui envoya le seigneur de La Marche, pour lui signifier qu’il était déshonoré.
La Marche fut reçu à coups d’arbalète par les gens d’Armagnac ! Donc en mai, Chabannes et 24000 hommes annexèrent le comté d’Armagnac ; le comte fut déclaré coupable d’inceste, de rébellion, et criminel de lèse-majesté ; de plus, tous ses biens furent confisqués, et il fut banni à perpétuité du royaume. Jean V parvint à s’enfuir en Aragon.
En été, le roi envoya son fidèle Dunois, avec le connétable de Richemont, en Savoie ; il s’agissait de forcer le duc à respecter le traité signé trois ans plus tôt, dont les clauses n’étaient pas respectées. Cela prit plusieurs mois, et il fallut attendre décembre (1455) pour réconcilier le duc et le roi.
En février 1456, Dunois était à Paris pour déposer dans le cadre du procès de réhabilitation de Jeanne d’Arc. Cette déposition, et de toutes les autres entendues jusque là, furent examinées par Jean Bréhal, ce qui aboutit, le 07 juillet à Rouen, à la réhabilitation solenelle de l’héroïne.
Entretemps, en mars, le Bâtard fut convoqué par le roi ; celui-ci venait d’apprendre la trahison du duc d’Alençon, à la lecture d’un rapport de Guillaume Cousinot. Jean d’Alençon, par jalousie et par haine du comte de Maine (bien en vue du roi), avait proposé aux anglais de leur livrer diverses places, sitôt que ceux-ci débarqueraient dans le Cotentin. Au cours d’un conseil, tenu le 15 mai à Paris, on chargea Dunois d’arrêter le conspirateur. Il dut avant tout procéder à une enquête, et prévenir le connétable et le comte d’Eu.
Dès que son opinion fut faite, le Bâtard prit ses dispositions, et, le 31 mai, procéda à l’arrestation du duc d’Alençon. Celui-ci fut plus tard conduit, sous bonne garde, à Aigues-Mortes.

1456-1463:

Durant l'été 1456, on apprit avec soulagement que les Turcs avaient été vaincus par deux fois sous les murs de Belgrade, par le héros Jean Hunyade et par Jean de Capistran, qui avait amené en secours une armée hétéroclite de 40000 hommes. La Chrétienté était sauvée.
Fin août, le dauphin, tremblant à l'idée d'une action royale contre lui, s'échappa de son Dauphiné pour se rendre à la cour du duc de Bourgogne. Celui-ci le reçut à bras ouverts, le 15 octobre; aussitôt, Charles VII se saisit du Dauphiné. Il était réellement chagriné par le comportement de son fils ainé, même s'il prévoyait la suite des évènements: "mon cousin de Bourgogne nourrit le renard qui mangera ses poules !".
En janvier 1457, le cour revint en Touraine; Jean participa à tous les conseils, si bien qu'il ne put rejoindre les siens, à Beaugency, qu'à la fin du printemps. De là, il partit, avec sa famille, s'installer dans le château de Châteaudun, qu'ils avaient rendu habitable.
En novembre, Dunois retourna aux Montils; Charles VII y attendait une ambassade hongroise qui venait proposer le mariage de leur roi Ladislas, avec Madeleine de France, sa propre fille. Les hongrois arrivèrent, et furent reçus par le roi le 18 décembre; on leur présenta Madeleine, qui était déjà éblouissante de beauté; pendant quatre jours, on festoya agréablement. Et alors qu'on s'apprêtait à la cérémonie des fiancailles, on apprit que Ladislas venait de mourir de la peste ! Et l'ambassade dut prendre tristement congé ...
En mai 1458, l'instruction du procès d'Alençon prenait fin. On convoqua les pairs et les princes de sang, pour le 20 août à Vendôme. En attendant le roi prit quelques repos chez le Bâtard.
Finalement on se réunit le 26 août; tout le monde était là. On interrogea Jean d'Alençon; il ne chercha pas à nier les faits, et avoua son crime. Le 08 octobre, après délibération des pairs, le duc fut condamné à mort. Charles VII, clément, commua la peine en prison perpétuelle. Jean fut enfermé à Loches.
En hiver, anglais et français ouvrirent des négociations pour discuter d'un éventuel traité de paix, car rien n'avait été signé depuis la bataille de Castillon.
Début 1459, les relations franco-bourguignonnes se refroidirent brusquement: Charles VII avait traité avec le duc de Saxe, le 20 mars, et celui-ci abandonnait pour 50000 écus d'or ses droits sur le duché de Luxembourg au roi de France. Or, ce duché était convoité par Philippe de Bourgogne. Dunois et d'autres capitaines firent rassembler des troupes destinées à chasser les bourguignons du Luxembourg.
Jean fut de retour chez lui à l'automne; il prit enfin du temps pour lui: chasse, jeux, lecture étaient ses distractions. Il inspectait également les chantiers en cours sur ses domaines, notamment celui de la Chapelle de Cléry. Il aimait aussi la compagnie de ses amis: son propre frère, Pierre de Brézé, Jean de Saveuse, Florent Bourgoing, Jean Picheron ...
Il s'écoula plusieurs mois de calme, Dunois paraissait loin de la politique du royaume. Pourtant le roi le rappela, ainsi que Brézé et l'évêque de Coutances, au printemps 1461, poue examiner la situation générale; la politique extérieure en Italie et en Allemagne était en échec; les Yorkistes, en Angleterre, venaient de vaincre les Lancastres à Towton. L'adversaire anglais était redevenu dangereux; la tension avec la Bourgogne était au plus fort, avec l'affaire du Luxembourg.
Il fut décidé de délivrer Calais, puis de marcher contre la Bourgogne. Dunois et le comte de Maine reformèrent l'armée royale, et la dirigèrent vers l'Artois. On réunit également un important matériel de siège.
Au début de l'été, le roi se sentit bien malade; chaque jour, il s'affaiblissait davantage, jusqu'à devenir infirme. Un conseil extraordinaire fut réuni en hâte, où l'on décida de tout faire pour réconcilier la père et son fils. Une lettre fut envoyée au dauphin.
Peine perdue, le roi expira le 22 juillet, après avoir murmuré: "je remets la vengeance de ma mort à Dieu ...".
Jean fut bientôt devant la dépouille de son maître et ami, en larme. En tant que grand chambellan, il lui revenait de s'occuper des funérailles. Il partit aussitôt à Paris pour ordonner les préparatifs nécessaires.
Le 05 août, le roi Charles VII fut porté à Saint-Denis; la foule énorme qui avait suivi le cortège maîtrisait à peine son chagrin ... Chastellain écrira: "En grand sens et labeur ... par vertu, par diligence, par conseil et par remède, il le [le royaume] remit en justice et en paix, le remit en ordre et en règle, le repeupla d'hommes et de labeur, le ramena en franchise et à richesse [...] et tellement qu'en recouvrant son royaume par sens et par armes, ce qu'oncques n'avait été vu en autre, il en fit le royaume de bénédiction, le royaume de justice et de sûreté, le royaume de cremeur et de souverain honneur du monde. Et lui, cause et procureur de tous ces hauts faits, s'acquit triomphalement gloire et louange sur tous les rois de la terre ".
Le nouveau roi envoya des lettres aux frères d'Orléans; ils devaient se rendre sans attendre à Reims, pour participer à la cérémonie du sacre. Dunois et Angoulême arrivèrent le 13 août, et Louis XI fut sacré le 15. Le 31, le roi fit son entrée à Paris; Dunois faisait parti du cortège. Il rendit l'hommage de son comté de Longueville, le 19 septembre, et obtint de pouvoir prendre congés, et de rentrer chez lui.
Il reprit du service en mars 1462; il partit, avec Brézé, à Bruxelles, pour essayer de convaincre le duc de Bourgogne d'aider la France à reconquérir Calais. Le duc opposa un refus net, méfiant qu'il était à l'égard du nouveau roi.
Puis Dunois partit pour Asti, dont il avait été désigné gouverneur pour son frère. Il réorganisa le comté, fit entretenir une forte garnison et sauva ce qui pouvait l'être; Louis XI, en effet, soutenait le duc de Milan, qui prétendait au comté d'Asti.
A son retout en France, sa femme vint le rejoindre à Arles, pour lui apprendre que leur fille Marie (destinée à l'Eglise) venait de se faire enlever par Louis, bâtard de Bourbon. En réaction, Jean rédigea un testament (octobre 1463), dans lequel Marie était déshéritée. Quelques semaines plus tard, la jeune fille revint à Châteaudun, repentante et calmée.

1464-1468: